À qui l’Internet?

Podium at the first morning session of WCIT 2012, Dubai U.A.E., 3-14 December 2012© ITU
Podium at the first morning session of WCIT 2012, Dubai U.A.E., 3-14 December 2012
© ITU

Après deux semaines de longues négociations à Dubaï, la réunion organisée par l’Union internationales des télécommunications (UIT) a pris fin ce vendredi dernier. L’objectif était de réviser le ‘‘règlement des télécommunications internationales’’ (RTI) pour l’établissement de normes garantissant la libre circulation de l’information dans le monde.

Un total de 144 pays étaient sur place, dont une délégation des grands joueurs de l’Internet tels que Google, Microsoft et Facebook. La dernière version de ce traité date de 1988. Depuis cette date, beaucoup d’eau est passée sous les ponts.

Ce que le traité implique? Formellement, le texte garanti, entre autres, le droit à la liberté d’expression sur les réseaux TIC, plus de transparence par une interconnexion des réseaux mondiaux, un numéro unique pour l’accès aux services d’urgence et d’autres propositions innovatrices.

Accorder le pouvoir de réglementer Internet à l’ONU s’avère un jeu dangereux dans lequel plusieurs pays membres se sont montrés réticents à s’engager. Des intérêts très divergents certes se rencontrent. Des sujets tels que la sécurité des réseaux et le principe d’accès non discriminatoire des pays aux réseaux des autres pays ont suscité de fortes réactions des antagonistes à l’accord.

Terry Kramer, le délégué général des Etats-Unis refuse littéralement de signer le traité. Peu après, une douzaine de pays désistent, dont la Grande-Bretagne, la France, le Canada, le Japon et plusieurs pays européens.

La retenue de la gouvernance mondiale d’Internet s’explique par biens des prétextes. En signant l’accord, certains pays s’exposeraient dans une position vulnérable face aux États non-démocratiques. D’autre s’entendre pour dire qu’Internet aux mains d’une seule agence (UIT) représente une trop grande responsabilité. Or, un expert de la gouvernance de l’Internet propose que ces réticences s’avèreraient plutôt “financières et stratégiques” de l’institution américaine. D’ailleurs, Vint Cerf, un pionner de l’Internet chez Google, a fait campagne pendant des mois contre la proposition de l’UIT. Ses arguments se résument à l’impossibilité d’une combinaison gagnante économique et démocratique avec l’ouverture d’Internet.

La Russie, la Chine, l’Iran et plusieurs pays arabes, pour leur part, souhaitent un contrôle accru des États sur Internet. Selon leurs dires, cela permettrait un environnement plus propice à la forte croissance d’Internet. Fins stratèges pourrait-on dire? Certainement ironique vu les circonstances politiques de ces derniers.

Malgré l’optimisme de l’UIT à offrir un contrôle mondial de l’Internet, l’accord constate un échec. En effet, seulement 89 pays sur 144 ont inscrit leur nom sur l’entente

Les impacts de l’échec de la signature du traité pourraient s’avérer plus important à moyen long terme. L’UIT en prend un coup. Son apport dans les enjeux internationaux d’Internet s’avère chétif en comparaison de son intervention lors de la Guerre Froide.

Un déjà vu? Encore une division entre les deux camps. D’un côté, les pays autoritaires voulant nationaliser l’Internet. D’un autre côté, les États-Unis et ses alliés, voulant garder l’Internet et sa gouvernance tels qu’ils sont (préserver le statu quo). Entre les deux camps, l’ONU, vacillant pour une attente à caractère démocratique. Qui sont les bons? Qui sont les méchants ? L’enjeu semble aussi menaçant que l’arme nucléaire. Bienvenue à l’ère de l’Internet. Que la guerre commence.

 

 

Jessika-Kina Ouimet

 

Sources:

http://www.guardian.co.uk/technology/2012/dec/03/telecoms-unitednations

http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/12/11/gouvernance-du-net-les-incertitudes-du-sommet-de-dubai_1804492_651865.html

http://www.economist.com/blogs/babbage/2012/12/internet-regulation

http://www.itu.int/net/pressoffice/press_releases/2012/92-fr.aspx#.UM_Z7I5KH0A

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1 Comment

  1. Je suis de l’idée qu’il serait impossible de réglementer Internet, car il s’est développé et existe grâce aux gens qui le fréquentent. C’est le premier medium dont le contenu est géré entièrement par ses utilisateurs et qui présente un si grand nombre de consommateurs. Vu la nature virtuelle d’Internet, essayer de le contrôler est comparable à essayer d’arrêter une vague d’eau avec un doigt. Je pense que plutôt qu’avoir peur d’Internet, les gouvernements devraient s’adapter à cette nouvelle réalité qui fait si que l’information n’est plus si facilement manipulable comme dans le passé. Pourrait Internet représenter la racine de la démocratie de l’avenir?

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