Stuart Hall et les publicités de la Charte des valeurs québécoises : la populace embarque

Aujourd’hui, comme hier et demain, une vague de colère submerge le Québec. La Charte des valeurs ne sera pas appliquée, certes pas à Montréal, tout comme le bon sens des péquistes. Sans reprendre tout ce qui a déjà été dit, répété, twitté et écrit, je m’attarde ici à la façon dont le gouvernement nous offre un buffet de publicités à apparence juste, mais qui renferme un message profondément raciste.

On le sait, la Charte fait briller la loi des factions, mais ses publicités à saveur discriminatoire le sont d’autant plus. « Égalité hommes-femmes. Neutralité religieuse de l’État. TOUT AUSSI SACRÉE. », tels sont les mots inscrits par le gouvernement Marois sur les grands panneaux publicitaires à Montréal. Mais qu’impliquent cette sensibilisation populaire, ces mots et ces images aux saveurs de propagande?

D’abord, prenons le modèle de Stuart Hall, sociologue des médias, afin d’analyser la campagne publicitaire offensive de 1.9 million de dollars du gouvernement (c’est-à-dire nous, les contribuables). Selon Hall, le moment de la production des médias (l’encodage) et celui de la réception (le décodage) s’avèrent un processus communicationnel résultant souvent en conflit culturel.  Ce qui se passe pendant que vous lisez ces lignes.

Stuart nomme deux paliers distincts de rencontre entre les idéologies et le discours, soit la détonation et la connotation. Le premier terme fait référence au sens littéraire du message, tandis que la connotation réfère au sens associatif. En quoi sa théorie s’applique-t-elle aux messages publicitaires des péquistes? Je m’explique.

Stuart distingue deux types de décodage. D’abord, le décodage hégémonique, qui correspond au sens dominant du message présenté; ce qu’on veut faire comprendre de façon instinctive. Le message dominant dans les publicités sur la Charte des valeurs correspond à un flot de références qui ont longuement été institutionnalisées au Québec, soit une éducation populaire fondée sur l’histoire d’un peuple et d’une culture constamment en danger et menacé. La peur. Une peur de l’assimilation qu’on a su judicieusement installer dans la pensée populaire au fil des ans. Ces références interpellent donc un fort sentiment nationaliste, incitant ainsi, des ressentiments et de la méfiance pour les différences.

Dans cette même optique, les publicités font des références claires à des préjugés sur certaines religions. Une des publicités de la charte fait allusion à l’égalité hommes-femmes, ces mots font implicitement référence à la religion musulmane où la femme est oppressée dans l’Islam. Par exemple, des références ancrées dans l’imaginaire populaire sont tout de suite associées à la religion musulmane avec des connotations comme « femme soumise », puis s’ensuivent les termes péjoratifs comme « immigrants » et « terrorisme ». Ces références, d’abord renforcées par les médias américains, sont reprises de plus belle avec le Parti québécois. Ainsi, un peuple plus fermé, souvent en régions éloignées et donc avec peu de contact avec les immigrants, reconnaît ce flot de références qu’insinuent les publicités de Marois. On entretient la peur et suscite les préjugés pour garder le peuple uniforme. Ça vous rappelle quelque chose?

Stuart poursuit le décodage oppositionnel, et celui auquel nous nous intéresserons le plus. Il s’agit de l’effet contraire du décodage hégémonique : le public fait référence au terme dans un tout autre ordre d’idées. Les différences sociales et ethniques ont une interprétation radicalement différente de la campagne politique de Marois. Là où tout devient problématique, c’est que ces différences résulteront fort probablement à un véritable « clash culturel », en une fragmentation de la société par la radicalisation de certains groupes. C’est ce que tente de faire le PQ en marginalisant les immigrants qui ne sont pas leur public cible et loin d’être les plus grands partisans d’un référendum. Une stratégie politique décevante vous dites? Dégoûtante.

On en est là, là où les vêtements et signes religieux prendront un rôle de premier plan dans ce débat, en représentant l’exclusion faite par les Québécois et leur gouvernement indépendantiste, voir l’ampleur des signes de protestations.

En pleine crise syrienne, on ne pourrait manquer plus de respect face aux réfugiés à qui on rugit explicitement de s’exiler ailleurs qu’au Québec.

Je ne suis pas immigrante, mais je me questionne franchement sur mon identité québécoise en ce moment.

Jessika-Kina Ouimet

Suivez moi sur Twitter @Jessika_Kina

Une amie m’a récemment partagé cette photo d’un extrait du Journal de Montréal publiée sur Facebook. Cette photo a reçue plus de 1400 likes. Bravo Pauline, la populace embarque.

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1 Comment

  1. Ce beau “débat” fait ressortir les éléments les plus insignifiants de notre société. Ceux sans ouverture d’esprit, ceux qui ont peur d’avoir peur. Ceux qui n’ont pas assez de vécu culturel pour se rendre compte de la stupidité de leurs propos. C’est hautement dangereux. Et sachant toute l’expérience de Marois en politique, savamment calculé. Sauf que, elle semble croire qu’elle pourra mettre de la Nitro dans un shaker à peinture et l’empêcher de sauter. Grave erreur. Et conséquences à long terme sur le Québec.

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